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Grand-Fontaine sous pression


Depuis deux ans, la rue de la Grand-Fontaine, lieu historique de la prostitution de rue à Fribourg, fait couler beaucoup d'encre. Des habitant-e-s du quartier ont créé une association afin de lutter contre les nuisances générées par la prostitution de rue (tapage nocturne, déchets et vomissures). Interpellé par les membres de l'association, le préfet a mis sur pied un groupe de travail réunissant les différents acteurs autour d'une table de discussion. Des mesures ont été décidées : présence d'un agent de sécurité le week-end, installation d'un fumoir à l'intérieur du café afin d'éviter les attroupements à l'extérieur, nettoyage de la rue soir et matin. Le tout à la charge des tenancier-e-s.




 
Fin octobre 2014, l'association de la Grand-Fontaine, ademandé l'interdiction totale de la prostitution de rue. Cette position n'estpas partagée par tou-te-s : une partie du voisinage prend ouvertementposition en faveur des travailleuses du sexe et défend le caractère singulierdu quartier. Les travailleuses du sexe elles-mêmes ne sont pas ou très peuentendues dans ce débat. Elles sont extrêmementinquiètes des conséquences d 'une interdiction sur leur moyen de subsistance,mais se sentent souvent impuissantes face aux exigences des riverains et auxcomportements de certains clients ou perturbateurs.



« Depuis que le voisinage lutte contre nous, les hommes ne viennent plus » (Jenny)


« Nous essayons de calmer les hommes dans la rue,mais souvent ils sont saouls et ne nous écoutent pas. Parfois, nous les faisons entrer pour qu'ils se calment » (Adèle)




Dans ce contexte, Grisélidis redouble d'effort pour soutenirles droits et les conditions de travail des professionnelles du sexe. L'association participe à desgroupes de travail et à la commission. Elle est intervenue dans les médias pour expliquer les enjeux et défendre les intérêts des femmes (Freiburger Nachrichten, La Télé). Sur la base de ses connaissances du terrain et desexpériences dans d'autres villes, Griselidis s'oppose à l'interdiction de la prostitution de rue à la Grand-Fontaine. Son positionnement s'appuie sur différents arguments :



  • La position centrale de la rue Grand-Fontaine,son périmètre restreint et sa population mixte permettent de rendre visibles abus. Les femmes peuvent rapidement trouver de l'aide en cas de besoin et les réseaux de traite des êtres humains ne peuvent opérer sur ce lieu en raison de sa visibilité et de son contrôle social.



« Nous sommes en sécurité ici » Maya



  • Les travailleuses du sexe de la rue Grand-Fontaine bénéficient de logements dans trois maisons de la rue avec des conditions d'hygiène respectables.



« Ici nous pouvons vivre comme des êtres humains » Maya




 

  • La prostitution de rue va se déplacer dans d'autres endroits, plus isolés et moins fréquentés (zones industrielles, aires d'autoroute). Les travailleuses du sexe verront leurs conditions sécuritaires et sanitaires se détériorer rapidement (violence, dangerosité, solitude, vulnérabilité, impunité des clients). L'accessibilité à cette population deviendra plus difficile. Notre programme aura beaucoup plus de peine à approcher les travailleuses du sexe et à diffuser les messages de prévention et de promotion de la santé. Le travail de protection de la police sera aussi plus compliqué.


  • Le travail du sexe de rue permet aux femmes de négocier directement avec le client, sans passer par des intermédiaires. Elles ne paient pas d'annonce dans le journal (environ 99.- par jour) ou de site internet (environ 350.- par mois).



"90 francs par jour pour l'annonce et seulement un client ces derniers trois jours. Je ne sais plus comment m'en sortir." Marie (travaille dans un salon)


  • Certaines travailleuses du sexe préfèrent travailler dans la rue plutôt que par téléphone ou dans un bar. Le client des salons de massage est différent du client de la Grand-Fontaine.


  • Les mesures sévères prises depuis l'année passée ont diminué les nuisances. Le travail entrepris pour stabiliser la situation a déjà donné des résultats qui, même partiels, sont encourageants. L'interdiction totale de la prostitution de rue ne permettra pas la disparition des nuisances. Les hommes interpelleront les femmes travaillant dans les maisons depuis la rue et le tapage nocturne ne diminuera pas avec le bar.



CONCLUSION


La situation de la Grand-Fontaine inquiète l'équipe de Grisélidis. La complexité des enjeux montre la nécessité de continuer un travail d'informations et de sensibilisation auprès des femmes, des voisins, des autorités et de l'opinion publique.